Les généralistes de Médecine pour le Peuple à Bruxelles, en Wallonie et en Flandre demandent instamment aux responsables de l’ABSyM, le syndicat des médecins, de mettre un terme à ses attaques déplacées contre le commissaire à la grippe, le professeur Marc Van Ranst. Nous demandons de juger ce même commissaire à la grippe selon sa politique et de le soutenir dans sa tâche, particulièrement difficile.
La semaine dernière, le président du plus important syndicat des médecins, l’ABSyM (Association belge des syndicats médicaux), le Dr Roland Lemye, réclamait la démission du professeur Van Ranst. Il a modéré ses propos par la suite, mais tout le battage contre le commissaire à la grippe ne s’est pas encore entièrement apaisé. Ainsi, le vice-président du Syndicat des médecins généralistes flamands (SVH), le Dr Rufij Baeke, diffuse des informations alarmistes prétendant, sans le moindre fondement, que la vaccination des patients à risque ne pourrait pas débuter à la date initialement prévue du 7 novembre.
Depuis des semaines, certains dirigeants et médias médicaux abusent du dossier de la grippe pour faire avancer des combats engagés bien avant. Notamment leur opposition depuis plusieurs années à l’existence de la plate-forme eHealth. Cette dernière est un projet de l’État en vue d’intégrer électroniquement des renseignements individuels essentiels, d’ordre médical, dans une banque nationale de données offrant, bien sûr, les garanties nécessaires à la protection de la vie privée et du secret médical. Les adversaires de cette plate-forme craignent que l’enregistrement dans cette banque de données des vaccinations contre le virus A/H1N1 ne sape leurs tentatives de bloquer eHealth. Pourtant ce recensement national des vaccins administrés s’impose pour des raisons médicales évidentes, notamment la pharmacovigilance (la détection d’éventuels effets nocifs de lots de vaccins). Parmi les adversaires déclarés d’eHealth figure l’ABSyM. Dans sa croisade contre la plate-forme eHealth, son président, le Dr Roland Lemye, a déjà eu recours à la Cour constitutionnelle. Dans ce contexte, on comprend mieux pourquoi certains ont tiré parti d’une phrase malheureuse et mal interprétée du professeur Van Ranst sur des « médecins qui veulent s’enrichir avec la campagne de vaccination », pour lancer une vraie campagne contre le commissaire à la grippe. Nous disons clairement : ces attaques n’ont rien à voir avec une lutte efficace contre la pandémie de grippe. Au contraire : elles l’entravent. Aussi doivent-elles cesser le plus rapidement possible.
Nous partageons le point de vue des professeurs de médecine générale des universités de Louvain, Bruxelles, Anvers et Gand, qui disent que, comparée à la situation chez nos voisins, « l’approche du professeur Van Ranst fait preuve de fiabilité et de modération » (De Standaard, 31 octobre 2009). Ce week-end, la vaccination des patients à risque pourra débuter en Belgique, plus rapidement que dans la plupart des autres pays. Les médecins généralistes joueront ici un rôle prépondérant. Depuis avril, le professeur Van Ranst a préparé notre pays à un « scénario du pire » (l’évolution la plus néfaste possible, comme ce fut le cas avec la grippe espagnole à laquelle, en 1918, avaient succombé 1,5 million de personnes). En même temps, il a combattu tout ce qui était susceptible de semer la panique en insistant sur le fait que, jusqu’à présent, l’épidémie de grippe porcine était comparable à une banale grippe de saison. Notre pays a opté pour le meilleur vaccin et en a obtenu un prix avantageux en appliquant une sorte de modèle kiwi. On n’a acheté qu’un vaccin par habitant – scientifiquement, il a été prouvé que cela suffisait pour la plupart des patients à risque – alors que d’autres pays en ont commandé le double et ont décidé d’administrer le vaccin à deux reprises. Les vaccins belges sont fournis sous conditionnement scindé : d’une part, les flacons contenant l’antigène (un septième du coût) et, d’autre part, les flacons contenant l’adjuvant (six septièmes du coût). Ainsi, des éventuels vaccins excédentaires, on peut encore conserver l’adjuvant au moins cinq ans afin de les utiliser pour d’autres vaccins contre un autre virus possible de la grippe. Ce nouveau vaccin peut alors être acheté à un septième du prix. En étant personnellement présent aux obsèques de quatre des cinq premières victimes de la grippe, Marc Van Ranst a en outre prouvé qu’il s’investissait pleinement dans sa tâche en tant qu’homme également.
Avec la pandémie de grippe, d’importants intérêts sont en jeu. Certaines entreprises pharmaceutiques ainsi que des fabricants de masques, de gants et autre matériel de protection reconnaissent ouvertement qu’ils « font de bonnes affaires ». Le fait que les choses se déroulent « plus facilement » dans d’autres pays qu’en Belgique, avec sa politique modérée et étayée scientifiquement, plaît sans doute moins à certains. Ainsi, les ventes des coûteux gels antibactériens hydroalcooliques (entre autres d’Omega Pharma) sont plus faibles chez nous que dans les pays voisins. Ici, pour l’hygiène des mains, la campagne officielle préconise l’eau et le savon, nettement meilleur marché. La Belgique n’utilise le médicament antiviral Tamiflu qu’au compte-gouttes, beaucoup moins que les pays voisins. Chez nous, il est réservé – et cela aussi a été prouvé scientifiquement – aux groupes à risque. En même temps, et c’est un cas unique dans le monde, la possibilité a été donnée aux médecins de donner le médicament directement et gratuitement à leurs patients à risque. De la sorte, ceux-ci ont quand même quelque espoir de se voir administrer ce médicament à temps (dans les premières 24-48 heures après le début des symptômes).
En tant que médecins généralistes, nous estimons que, dans une affaire aussi grave qu’une pandémie de grippe, il n’y a pas de place pour des agendas cachés. On n’a pas le droit d’essayer de trancher sur le dos des patients à risque des conflits d’intérêts économiques ou médico-syndicaux. Le seul critère de mise est l’intérêt des patients et la santé publique. Voilà sur quoi l’on doit juger le professeur Marc Van Ranst. Et, ici, il mérite à coup sûr une cote « très bien ». Surtout quand on tient compte des problèmes, notamment dans l’organisation de nos soins de santé, auxquels il est encore confronté. Citons à ce propos le manque de réseau de communication électronique efficace et uniforme avec les médecins, opérationnel au niveau du pays entier. Mais cela n'est pas la faute du professeur Van Ranst.
Au nom des médecins généralistes de Médecine pour le Peuple - Geneeskunde voor het Volk,
Céline Mendels Flandre (Herstal), Sofie Merckx (Charleroi), Ilke Cabus et Kris Merckx (Hoboken-Anvers), Dirk Van Duppen (Deurne- Anvers)